COLLECTIF PROMETHEE 76

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Dimanche 6 avril 2008
Nous reproduisons ci-dessous, pour favoriser sa plus large diffusion et le débat qui peut s'en suivre, la page de présentation du Blog Europe Rouge récemment créé par un groupe de militants.
Les arguments défendus par ces derniers devraient, bien entendu, faire débat : sur les différentes positions qui sont celles des camarades d'Europe Rouge et que nous partageons très largement ici, des positions différentes voire opposées existent, par exemple à propos de la "question nationale" ou de celle du PS. Parlons en ! Et merci à ceux qui ont permis d'ouvrir cette nouvelle discussion qui porte sur des points absolument centraux de la réflexion politique

PRESENTATION

Europe Rouge a pour ambition (surement démesurée, mais le sage enseigne qu'il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre...) de favoriser la création d'un parti politique français, qui aurait vocation à s'élargir à tous les pays membres de l'Union Européenne, et répondant aux caractéristiques suivantes :
- revendiquer l'héritage de la philosopie des Lumières et du mouvement ouvrier révolutionnaire des 19è  et 20è siècles, dans leurs aspects émancipateurs et démocratiques;

- caractériser notre société comme étant dominée par une classe dirigeante en voie de mondialisation, la grande bourgeoisie capitaliste, à laquelle il faudra retirer ses moyens financiers, industriels, commerciaux, juridiques, de propagande, etc., pour construire une véritable démocratie (bien d'autres analyses sociologiques présentent un grand intéret pour la compréhension de sociétés complexes, mais nous ne retenons ici que celle permettant une action politique efficace);

- constater que le parti soi-disant socialiste est devenu depuis longtemps un mouvement bourgeois (il n'est que de voir les dizaines de dirigeants socialistes payant l'impôt sur la fortune). Les traités européens constituent un véritable programme commun au PS, à la droite et au MEDEF. La dénonciation de la véritable nature du PS est indispensable à la clarification du débat politique;

-se fixer comme objectif principal la création d'un état européen pleinement démocratique (démocratie politique mais aussi économique), donnant la priorité au progrès social et environnemental, solidaire de tous les peuples du monde;

-combattre l'impérialisme américain et faire sortir les pays européens de l'Alliance Atlantique (et prioritairement de l'OTAN), ainsi que de l'OMC;

-fonctionner en interne de manière démocratique, en refusant de s'écarter de ses principes fondateurs, et en évitant de devenir un instrument de carrière pour des politiciens professionnels;

 -être solidaires des luttes du monde du travail, pour l'émancipation des femmes, la défense des droits de l'Homme et des peuples, sans renoncer à en faire une analyse critique et à définir ses propres priorités d'action dans un souci d'efficacité;

 -accepter, et même encourager, la participation de ses membres aux organisations associatives, syndicales, politiques, de défense de l'environnement ou des droits de l'Homme, partageant tout ou partie de nos objectifs : la fermeté sur les principes fondamentaux doit s'accompagner d'une pratique la plus large et la plus tolérante possible à l'égard des gens sincères.

publié dans : débats communauté : les anti-capitalistes
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Mardi 19 février 2008

PS, Modem : d'autres alliances
possibles pour le PCF?

 

La déclaration de Caroline Andréani, l'une des 10 membres du Conseil National du PCF qui a voté l'amendement excluant les alliances avec le MODEM de François Bayrou, publiée sur le site de la Gauche Communiste du PCF, également reproduite par le blog Réveil Communiste, a le mérite de souligner la gravité de cet incident politique révélateur.

Mais surtout, au-delà du fait lui-même, suffisament inquiétant en tant que tel pour des militants communistes non décidés à tirer un trait sur leur parti, la déclaration de Caroline Andréani soulève de façon directe d'autres questions sur la stratégie électorale du PCF.

  • le problème de l'alliance avec le Parti Socialiste lui-même est, à juste titre, mise en cause : « Il y a d’autres alliances possibles que celles qui lient les communistes au Parti socialiste » affirme-t-elle tout en avertissant sur l'issue possible, à l'italienne, vers laquelle le PS tente d'entraîner le PCF : se retrouver dans un parti de « centre gauche »...

  • le maintien de l'étiquette communiste comme ce fut le cas lors de la Présidentielle: « les candidats qui n’ont pas eu honte de se présenter comme communistes – quoi que l’on pense par ailleurs de la Ligue communiste révolutionnaire et de sa stratégie de recomposition, ou de Lutte ouvrière – ont fait de meilleurs scores ».

  • le prix que la Direction du PCF est prète à payer pour garder à toute force le maximum d'élus; quoi qu'il en coûte : « Une camarade de Grenoble, défendant le choix des communistes de participer à des listes d’union MODEM-PS, expliquait : « Entre avoir des élus ou ne pas en avoir, quitte à se présenter avec des candidats de droite, nous avons préféré la première solution ». En clair, nous nous vendons pour un plat de lentilles. »

Cette déclaration nous paraît d'une importance suffisante pour la reproduire nous-même sur ce blog. De fait, cette déclaration complète utilement l'article paru sur Prométhée et reproduit sur plusieurs sites du PCF : ne contribue-t-elle pas à répondre à la question posée en commentaire par Henri sur le blog de Prométhée : « La question qui est aussi à poser c’est :Le ps est t’il toujours de gauche, pour moi c’est devenu un parti de droite, continuer à le situer à gauche c’est tromper tout le monde…..Salut fraternel » ?

Afin que nos camarades de la LCR de l'Eure (qui présentent un candidat PCF-LCR à une élection cantonale) et d'autres endroits puissent s'informer de ces analyses et les prendre en compte comme il se doit dans la lutte « pour un nouveau parti anticapitaliste », nous avons choisi de placer ce document dans la Communauté « nouveau parti anticapitaliste » qu'ils ont créée sur Overblog.

 Le Communiste 76

 

Caroline Andreani
A propos des alliances PS-MODEM-PC aux élections municipales
février 2008


Le dernier conseil national du Parti communiste français a révélé à quel degré d’indigence politique et intellectuelle notre parti est rendu.

Souvenez-vous. Au moment de l’élection présidentielle, le PCF n’avait plus de salut sauf dans l’alliance avec l’extrême gauche et divers mouvements ultra-minoritaires écologistes, féministes, alter-mondialistes, etc. Notre fusion-disparition dans les collectifs anti-libéraux était la seule issue imaginée au déclin du Pcf par une direction en mal d’inspiration. On connaît la suite : le fiasco de Marie-George Buffet tentant d’imposer sa candidature, pour finir par se présenter comme candidate de la « gauche anti-libérale et populaire », et le piteux résultat de l’autre candidat anti-libéral, José Bové. Pour mention, les candidats qui n’ont pas eu honte de se présenter comme communistes – quoi que l’on pense par ailleurs de la Ligue communiste révolutionnaire et de sa stratégie de recomposition, ou de Lutte ouvrière – ont fait de meilleurs scores.

Au lieu de tirer les enseignements de ce ratage, la direction nationale repart dans une nouvelle aventure politico-électoraliste dont elle a le secret. Dans le cadre des élections municipales, la le PCF a courageusement décidé de fermer les yeux sur l’attitude des communistes qui décident de participer à des listes d’union PS-MODEM… Marie-George Buffet minimise ces alliances devant le CN en prétendant que certains candidats choisissent l’étiquette MODEM comme d’autres ont pris l’étiquette MDC (Mouvement des citoyens de Chevènement) à d’autres élections. Voilà qui devrait rassurer les communistes. La même dénonçait l’imposture de la candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle, en affirmant que c’était un candidat de droite et non un centriste. Ce en quoi elle avait parfaitement raison. A quelques mois d’écart, il faut croire que son analyse a « évolué ».

Les quelques communistes du conseil national choqués par ce discours – une dizaine, à peine ! – se sont donc sentis très isolés au moment des votes. Pourtant, l’amendement présenté par Gilles Alfonsi, membre du courant refondateur, n’avait rien de très révolutionnaire. Il disait en substance : « Le Parti communiste condamne le principe de la participation de communistes à des listes d’union avec le PS comprenant des candidats du MODEM. Les communistes ne participeront pas à des exécutifs avec des élus MODEM. » L’amendement n’a pas eu l’heur d’être accepté, la majorité des présents votant pour une motion alambiquée où tout en condamnant le principe de l’union PS-MODEM, on enjoint aux communistes de continuer à se battre pour défendre les valeurs de gauche… Guignol, en somme.

Argument de poids, des camarades prétendent que la présence de communistes dans de tels exécutifs va permettre de tirer vers une politique de gauche. Comme quoi, l’expérience de la gauche plurielle n’a servi à rien. Ne créons pas d’illusions : avec un Parti communiste réduit à peau de chagrin, notre présence dans des exécutifs PS-MODEM ne servira à rien d’autre qu’à donner une caution de gauche. Non seulement c’est inutile, mais cela contribue à nous discréditer.

Cette décision va encore contribuer à brouiller le message politique du Parti communiste. Il y a quelques mois, la direction nationale était prête à fusionner dans un ensemble mal défini avec tout ce que le pays compte de groupuscules d’extrême gauche. Et du jour au lendemain, nous proposons tout bonnement de travailler avec la droite au sein des mêmes exécutifs. A force de louvoyer sans autre vision stratégique que la survie à court terme de l’appareil, la direction nationale adopte des postures complètement incohérentes, en plus d’être scandaleuses.

Cette stratégie est dangereuse. Tout d’abord, elle entérine le bon vieux précepte selon lequel la fin justifie les moyens. Une camarade de Grenoble, défendant le choix des communistes de participer à des listes d’union MODEM-PS, expliquait : « Entre avoir des élus ou ne pas en avoir, quitte à se présenter avec des candidats de droite, nous avons préféré la première solution ». En clair, nous nous vendons pour un plat de lentilles.

Alors évidemment, MG Buffet et sa garde rapprochée jouent les vierges effarouchées en affirmant haut et fort que nous ne sommes pas une secte et que nous devons avoir des élus et participer à des exécutifs. A quel prix ? Et surtout, pour quoi faire ? Dans d’autres villes, les communistes partent sur des listes d’union sans pour autant flirter avec la droite. Et le résultat n’est pas forcément calamiteux. Regardez à Dieppe, au Havre, à Aubervilliers… Il y a d’autres alliances possibles que celles qui lient les communistes au Parti socialiste.

Aujourd’hui, après avoir anéanti le Parti communiste, le Parti socialiste entre dans une phase difficile. Certains courants estiment que la stratégie la plus efficace pour sortir de l’ornière après la défaite de Ségolène Royal serait une recomposition avec le MODEM. Les élections municipales sont une première entrée en matière. Et que fait la direction nationale du Parti communiste ? Comme toujours, par facilité, par manque de vision stratégique, par collusion avec l’idéologie sociale-démocrate, elle accompagne le mouvement ! Le Parti socialiste tente une recomposition avec le MODEM ? Pourquoi n’y participerions-nous pas ? C’est la voie choisie par une fraction des communistes italiens, aujourd’hui fondus dans un parti de centre gauche… Belle perspective, en vérité.

Il n’y a aucune fatalité à la situation du Parti communiste. La période est totalement ouverte. Encore faut-il se battre et ne pas abandonner les valeurs communistes, ni une certaine éthique qui fait malheureusement défaut à la grande majorité des dirigeants du Pcf à l’heure actuelle.

 

 

publié dans : débats communauté : nouveau parti anticapitaliste
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Jeudi 14 février 2008

« (...) liés par la haine de la dialectique et du temps historique qu'ils veulent dissoudre dans la répétition indéfinie du même.
Quand on pense que le but n'est rien et que le mouvement est tout, les temps approchent où on justifiera n'importe quoi.
 »
Gilles Questiaux 14 février 2008 dans un article de Réveil Communiste

 

UN PARTI COMMUNISTE, OUI, MAIS POUR QUOI FAIRE ?

 

Dans un commentaire récent à propos de mon article « Liquidation du PCF : s'y opposer ou y contribuer ? », Gilles Questiaux désapprouve la question posée elle-même et nous convie à réfléchir plûtot à celle-ci : « Liquidation du PCF : comment s'y opposer ? ». Je dois reconnaître que ma question peut paraître excessivement provocatrice à des militants comme lui et peut même les dissuader de lire le contenu de l'article. Dont acte. Si l'intention de provoquer, oui, mais de provoquer une réflexion...débouche sur son contraire, il y a lieu de revoir la copie.

Mon propos était toutefois de constater l'impossibilité d'un compromis entre ce courant que la LCR veut rassembler pour donner naissance à un Nouveau Parti Anticapitaliste et les anti-liquidateurs qui veulent défendre l'existence du PCF, y compris contre sa propre direction. Gilles Questiaux est l'un d'entre eux, qui ne peut être a priori qu'hostile au projet porté par la Ligue puisqu'il dénonce «  (l'existence) dans le groupe dirigeant du parti (de) plusieurs tendances qui ont fait le choix public de provoquer à terme la disparition du PCF et son remplacement par un parti "de gauche" ou d'extrême gauche ».

Les deux projets sont donc dans leur forme et pour l'heure éminemment contradictoires. Ils se situent en outre dans la même séquence temporelle avec cette échéance en perspective : fin 2008, date butoir fixée par le Congrès de la LCR pour l'émergence du « nouveau parti »; fin 2008, date du Congrès de renouvellement ou de liquidation du « vieux parti ».

Dans ces conditions, l'alternative dérangeante que soulevait ma question provocatrice est bien réelle. La réponse (fragile et provisoire) que je propose est de reconnaître cette contradiction pour mieux refuser de s'y enfermer.

Oui, camarade, il faut accepter le temps historique et la dialectique, il faut refuser de les dissoudre dans la répétition indéfinie du même, il faut se concentrer sur le but plus que sur le mouvement, il faut savoir ce que l'on veut et ne pas justifier n'importe quoi. Lénine disait à peu près la même chose dans ses célèbres Thèses d'Avril : « la question n'est pas de savoir à quelle vitesse il faut marcher mais où il faut aller (...) la question n'est pas de savoir si les ouvriers sont préts mais à quoi et comment il faut les préparer ».

Pendant cette séquence temporelle de 2008, les ouvriers ne sont peut-être pas prêts, mais l'affrontement entre le pouvoir sarkozyste et la masse exploitée n'attendra pas que nous ayons conclu nos débats sur la forme, l'organisation, le mouvement, le parti... Le combat se déroule chaque jour dans les entreprises en voie d'être délocalisées, dans les services publics en train d'être bradés, liquidés.. Le combat contre le Traité de Lisbonne vient de connaître un terrible dénouement parlementaire grâce aux bons offices du Parti Socialiste, lequel parti entend bien vassaliser le PCF tout en jetant celui-ci dans les bras du Modem. Ces combats n'attendent pas la cloture de nos débats.

L'affrontement de classe actuel -dans lequel notre classe traîne ce terrible handicap de ne pas être dynamisée par un parti à la fois d'avant-garde et de masse (qui peut prétendre que l'actuel PCF soit ce parti? Ou la LCR? Seul ceux qui prennent leurs désirs pour des réalités)- connaîtra des moments importants : les élections de Mars prochain, mais aussi le Congrès de la CGT en Juin où la lutte qui se déroule dans le pays aura sa traduction syndicale, sans compter les problèmes liés à l'usure précipitée du pouvoir politique qui, n'en déplaise au Parti Socialiste, risque fort de quitter la route avant les échéances de 2012 : avec quoi à proposer devant ce « vide » relatif potentiel du pouvoir?

Concentrons nous donc sur cette réalité et la pratique de la politique de classe, à chaque endroit et sur chaque sujet : la forme-parti doit subir l'épreuve des faits pour en sortir finalement validée, transformée. Un parti, oui, mais pour quoi faire, QUELS SONT NOS BUTS ?

Fin 2008 les délégués aux deux Congrès annoncés, celui du PCF, celui du Nouveau Parti Anticapitaliste seront-ils porteurs de ces combats de classe qui, entre temps, sur le terrain de la réalité, seront menés soit en parallèle, soit en convergence, soit en opposition?

Pour aborder de cette façon les problèmes difficiles qui nous sont posés, le mieux est sans doute de ne pas s'acharner à résoudre « sur le papier, dans l'absolu » la contradiction entre le projet de nouveau parti et celui de lutte contre les liquidateurs du PCF mais de reconnaître cette contradiction pour mieux refuser de s'y enfermer.

Proposition que je prolongerai par celles-ci : non seulement battons nous solidairement côte à côte, les uns et les autres, dans les élections, le mouvement syndical, et dans tout autre combat dont la nécessité s'imposera. Mais aussi mélons nous de ce qui nous regarde, même si cela se déroule dans la maison du voisin : GQ avait finalement raison de me reprendre, les partisans du projet de Nouveau Parti Anticapitaliste ne doivent pas observer de loin la lutte contre la liquidation du PCF, ils doivent y intervenir avec force en soutenant les militants porteurs de l'idéal communiste, faute de quoi ils contribueraient à leur propre liquidation en tant que révolutionnaires. Et, proposition corollaire, les militants révolutionnaires du PCF ne doivent pas regarder à distance les débats pour l'émergence d'un nouveau sujet révolutionnaire dans ce pays, ils doivent s'en emparer pour que celui-ci se situe dans la continuité historique du Congrès de Tour.

JME le 14 02 2008

 

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Dimanche 10 février 2008

« Vos observations sont sans doute pertinentes, mais bon sang
que faites-vous encore dans cette pétaudière! L'avenir du
peuple laborieux est ailleurs mais c'est vrai il faut du temps,
de la méthode, des principes et de la discipline pour tout
reconstruire.Salut et fraternité
 »
Commentaire de
El Diablo sur un article de Gilles Questiaux

 

VERS QUEL PARTI ?

 

Quelle organisation est nécessaire pour que les luttes sociales puissent déboucher sur une autre société, quel projet politique, quel programme, quelle transformation sociale ?

Nos camarades qui défendent une perspective marxiste, ouvrière, au sein du PCF et ceux qui entendent bien s'atteler à la construction d'un Nouveau Parti Anticapitaliste proposé par la LCR, sont au moins d'accord sur un point : il faut un parti révolutionnaire, sans quoi la révolution restera en rade.

Mais quel parti? Un Parti Communiste voire un « PCF digne de ce nom » ? Un « parti anticapitaliste », un « parti marxiste » ou « pour le socialisme » ? Tous ces termes sont-ils finalement autre chose que des « alias » désignant en fait le même sujet dont le nom générique serait Parti Révolutionnaire?

On pourrait se contenter de cela et appeler nos camarades à se rejoindre et s'embrasser fraternellement, si notre démarche se réduisait à une espèce d'oecuménisme laïque et partidaire cherchant à « réconcilier tout le monde » en refusant de regarder là où le bât blesse?

S'en tenir à cette perspective naïve -presque angélique- de grande réconciliation, ce serait faire peu de cas de ce qui singularise les perspectives respectives des antiliquidateurs du PCF d'une part et des trotskistes de la LCR de l'autre. Or ce n'est pas en évitant les problèmes qu'on peut les résoudre.

Les antiliquidateurs du PCF? Précisons de qui nous parlons : de ceux (et seulement de ceux-là) qui sont bien conscients que la liquidation du PCF dans un nouveau conglomérat singeant le Linkspartei allemand ne serait pas la première liquidation du PCF mais seulement la touche finale : car le PCF a déjà été « liquidé »depuis belle lurette en tant que parti révolutionnaire, travail de sape ancien qui ne fut que parachevé lors de la fameuse « mutation » huiste.

Et les trotskistes de la LCR ? Soyons clairs : nous parlons de ce courant majoritaire à la Ligue qui, sur beaucoup de questions, s'est éloigné depuis des décennies du programme historique des trotskistes et se retrouve aujourd'hui sur la conviction qu'on ne fera pas « du neuf à partir des débris de l'ancien » mais seulement en construisant, de bas en haut, quelque chose de foncièrement nouveau.

Je serai très clair sur ce point : entre les uns et les autres, la contradiction ne peut pas actuellement être résolue. Seule la pratique et les événements trancheront. Les deux démarches sont en tant que telles inconciliables. Quand Gilles Questiaux et El Diablo polémiquent sur ce point précis, ils ont tous deux raison de constater leur insoluble désaccord : on ne peut trouver de compromis ou de moyen terme entre ceux qui veulent s'opposer à la liquidation finale du PCF et ceux qui entendent bien contribuer à la mener jusqu'à son terme, jusqu'à l'acte de décés en bonne et due forme.

Si nous nous accrochons pourtant obstinément à cette bataille et sommes décidés à ne lâcher ni les uns ni les autres, c'est donc en pleine conscience du problème et pas sur une base « centriste , autrement dit « conciliatrice ».

Notre démarche part en fait de quelques postulats que je tenterai de formuler ainsi sous forme de thèses :

1- il n'y a pas de solution possible à la crise du capitalisme, c'est à dire pas de perspective de changement réel, pas de révolution, sans parti révolutionnaire.

2- c'est dans la lutte de classe telle qu'elle se déroule dans la réalité, avec l'élaboration qui s'y produit mais aussi les terribles carences qui s'y révèlent, que se construira le parti révolutionnaire et non en « application » d'un « projet de construction du parti » pré-établi.

3- la praxis est déterminante, l'idéologie ne saurait la précéder.

4- c'est donc dans les luttes, sociales, électorales, politiques, sociétales, etc., que l'unité de classe des révolutionnaires doit se réaliser dans chaque séquence et à chaque endroit, c'est dans cette expérience commune que les projets pré-établis de construction du parti révolutionnaire se préciseront ou péricliteront dans la marche des événements.

C'est pour cette raison que nous nous situons en plein accord avec les idées de Marx sur le parti -et donc en opposition complète avec les conceptions sectaires du communisme qui ont fleuri depuis soixante ans et plus.

Le parti marxiste -parti qui regroupe la classe sur ses intérêts commun au lieu de la diviser entre les catéchismes des différentes chapelles- n'a besoin de s'accorder que sur trois points clés « nécessaires et suffisants » comme disent les mathématiciens : 1/ l'indépendance de la classe prolétarienne sur qui repose la seule perspective d'émancipation, de libération totale, de l'ensemble de l'humanité. 2/ l'internationalisme militant prenant acte que la division de la classe entre ses composantes nationales doit être à tout prix surmontée. 3/ la lutte pour la démocratie la plus extrème comme revendication des organisations de classe, concernant aussi bien le fonctionnement interne des organisations ouvrières que les exigences immédiates envers les institutions de l'Etat.

Ces trois points devraient se traduire dans l'élaboration d'un programme qui ne doit être ni un catalogue de réformes de type para-syndical, aussi « avancé » soit-il, ni un corset idéologique formulant les conceptions spécifiques de tel ou tel sous-courant du mouvement ouvrier (le meilleur ou plutôt le pire exemple de ce qu'il ne faut pas faire à cet égard me semble être celui des « cliffistes » anglais actuels qui pratiquent à la fois un « front unique de type particulier » assimilable à une sorte de « Front populaire » d'essence réformiste, incluant des éléments de la bourgeoisie (la coalition Respect), à l'usage des masses et un crédo idéolologique plus qu'étroit à l'usage des seuls militants révolutionnaires qui constituent LE parti, le leur, le SWP).

Je cite ci-dessous le débat qui a lieu en ce moment entre Alternative Libertaire (premier encadré) et la LCR (deuxième encadré) comme une sorte d'exercice pratique, d'application, que je vous propose, chères lectrices et lecteurs, pour aborder à partir d'un angle différent cette problématique pour laquelle je milite qui se propose de « construire le sujet révolutionnaire en subordonnant l'idéologie à la praxis ».

« La nécessité d’un regroupement névralgique pour les animateurs des luttes, voire d’un « pôle d’avant garde interne au mouvement social » voilà ce sur quoi -au-delà de toutes leurs divergences- les responsables des deux courants situés à des pôles opposés, le trotskiste et le libertaire, ne sont (si j'ai bien compris) pas loin de tomber d'accord, malgré des conceptions antinomiques sur la géométrie de « l'organisation » à construire. A la troisième pointe du triangle, les anti-liquidateurs conséquents du PCF agissent de même sur le terrain réel où se produisent les luttes et se déroule le mouvement social. Ne voilà-t-il pas de quoi nous aider à avancer un peu?

Deux projets politiques, deux stratégies

Contrairement aux actuels tenants des « nouveaux partis », nous ne pensons pas que l’essentiel de l’activité politique doive être de transformer les luttes sociales en scores électoraux.

La Gauche alternative comme la LCR utilisent la rhétorique de l’auto-organisation (des travailleuses et des travailleurs ou des citoyennes et des citoyens) pour proposer un « parti des luttes » et de l’auto-organisation jusque dans les urnes… en restant muet sur la nature des institutions étatiques. Tous ces « nouveaux partis » ont centré leur construction sur l’électoralisme. Pas dans les mots : dans les faits. Auto-organisation d’un côté, discours électoral de l’autre. Comment résoudre cette contradiction autrement que par une pirouette rhétorique ?

En vérité, cela ne les trouble pas, car une chose n’a pas varié dans la vision politique de ces courants, qu’ils soient léninistes ou post-léninistes : pour eux la question de la direction du mouvement ouvrier, du mouvement social, reste la question centrale. La défaillance du mouvement social s’explique principalement par une crise de sa « direction politique » – hier le PS ou le PCF, aujourd’hui plus personne en particulier.

Or, pour Alternative Libertaire (AL) et pour bon nombre de révolutionnaires, la question de la direction du mouvement social n’est pas la question centrale. La crise qu’il traverse est une crise des contenus, pas de sa direction.

L’absence de projet de société est aujourd’hui un handicap majeur pour les luttes et la construction d’un courant anticapitaliste et révolutionnaire. On ne peut faire l’économie d’un tel débat et faire croire qu’il s’élaborera en marchant. Étatisation, socialisation, autogestion des moyens de production ? Dictature révolutionnaire ou pouvoir populaire ? Sans dire que tout doit être verrouillé dans chaque détail, la définition dans les grandes lignes d’un projet de transformation sociale est un élément essentiel et préalable à la fondation d’une organisation politique. Ou bien c’est qu’il est caché, et les nouveaux membres le découvriront… en marchant.

 

 

Anticapitalisme - Olivier Besancenot (LCR) répond à Alternative Libertaire

 

Notre vision du « débouché politique » des luttes sociales ne peut être caricaturée et résumée à la seule question électorale ou à celle de l’absence de direction radicale au sein du mouvement ouvrier. Nous ne sommes ni dirigistes ni électoralistes. Il s’agit, au contraire, de féconder au sein de la lutte de classe une vision globale de la société capitaliste, d’organiser dans le cadre des résistances sociales des batailles politiques permanentes capables de redonner confiance à une majorité sur la base de revendications d’urgence : réhabiliter au sein d’un mouvement social à reconstruire un projet de société alternatif au capitalisme. Voilà ce qui manque, selon nous, aux luttes actuelles et qui appelle à la construction d’un nouvel outil politique. Nous l’appelons parti anticapitaliste, vous l’appelez front anticapitaliste. Existe-t-il un gouffre entre les deux ? Pas sûr. D’autant que vous n’écartez pas le débat sur les questions de « direction » au sein du mouvement social. Vous n’êtes pas plus « spontanéistes » que nous ne sommes « dirigistes ». Vous posez, si nous vous lisons bien, la nécessité d’un regroupement névralgique pour les animateurs des luttes, voire d’un « pôle d’avant garde interne au mouvement social » (Projet de société communiste libertaire, p. 51). Quant aux participations électorales, ou le fait d’exercer un mandat au sein des institutions quand nous y sommes élus sur la base de notre indépendance, notamment à l’endroit du Ps, nous ne sommes pas contre en effet. Nous ne croyons pas pour autant changer la société par un jeu d’alliances entre partis dans le cadre de combinaisons parlementaires majoritaires dans ces institutions, c’est-à-dire celles d’un État et d’une société où ce sont les multinationales qui font la loi (et nous l’exprimons publiquement, suffisament fort, pour que la gauche et les médias nous le reprochent systématiquement).

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Lundi 4 février 2008

Une réponse à la contribution de Francis Combes

« Pour un Parti des communistes de France »

 

Nous avons fait plusieurs fois référence sur Le Communiste76 et dans des commentaires sur d'autres blogs anticapitalistes à la contribution de Francis Combes de la Gauche Communiste du PCF, intitulée « Pour un Parti des communistes de France ».

C'est pourquoi nous avons décidé de reproduire ci-dessous le texte de Francis Combes qui comporte un cerain nombre d'éléments d'appréciation et de propositions que nous partageons. Mais aussi qui -question de contexte ou question de fond ?- fait l'impasse sur quelques problèmes immédiats qui se posent aux communistes (qu'ils soient du PCF ou en dehors) aujourd'hui. Nous sommes donc favorables au débat sur l'ensemble de ces points : ce qui nous rapproche et ce qui fait problème. Evitons, si nous voulons avancer -telle est notre approche de la discussion entre camarades- ces deux impasses : celle qui consiste à mettre l'accent uniquement sur ce qui nous divise (attitude sectaire) ; celle qui s'évertue à gommer les points d'opposition (consensualisme).

 

Vous avez peut-être lu, dans l'article introductif de notre blog, ces trois conditions nécessaires et suffisantes pour définir une orientation marxiste :

a) L’indépendance de classe, nous démarquant catégoriquement sur le plan politique comme organisationnel de toutes les forces de la bourgeoisie ou inféodées à celle-ci.

b) La lutte pour la démocratie la plus totale dans les institutions de l’Etat, celle-ci ayant pour préalable la démocratie ouvrière dans nos propres organisations, à commencer par le Parti Pour le Socialisme dont nous sommes en train de jeter les premières bases.

c) L’internationalisme militant, les cadres nationaux étant aujourd’hui largement dépassés comme lieu de l’histoire – c’est-à-dire de la lutte des classes. Le socialisme se fera moins que jamais (et en France pas davantage qu’ailleurs) dans les limites d’un seul pays.

(Extrait d'une contribution parue sur le blog central de Prométhée)

 

Vous remarquerez en (re)lisant la contribution « Pour un Parti des communistes de France » que ce sont précisément les trois points qui définissent ce que Francis considère comme « un parti réellement communiste » (souligné par nous) :

  • l'indépendance de classe : « gagner, écrit-il, son indépendance politique à l’égard de la bourgeoisie » ce qui veut dire concrètement pour commencer indépendance par rapport au PS qui « est devenu une béquille du grand capital ».

  • concernant la lutte pour la démocratie , Francis l'aborde clairement sous l'un de ses aspects, celui du fonctionnement foncièrement démocratique d'un tel parti, réellement communiste. (cf * note)

  • L’internationalisme militant : « Dire Parti des communistes de France (et non pas Parti communiste français) c’est d’abord une façon d’affirmer, face à la globalisation capitaliste, la nature internationaliste du communisme ».

 

Par contre, sa contribution, en recul semble-t-il sur ce qu'il avait lui même écrit à d'autres occasions, ne prend pas en compte l'existence de forces communistes organisées actuellement en dehors du PCF : il ne prend en compte que l'existence de militants hors parti, « sans la carte », «  les communistes, écrit-il, qui n’en sont pas ou plus membres mais n’ont pas pour autant renoncé à la lutte ni au communisme ». C'est, pensons nous, faire l'impasse en particulier sur les militants de la LCR dont la proposition de « construire un Nouveau Parti Anticapitaliste » -qu'on l'approuve ou non- est posée. Impasse due au contexte du Congrès requalifié en ANE ? Ou crainte d'une volonté hégémonique de la Ligue sensée pour sa part ignorer les militants se reconnaissant dans le maintien-démocratisation-transformation du PCF?

 

Cette question nous paraît être un point du débat sur lequel on ne peut pas passer sans y réfléchir et en débattre. Certains considèreront que c'est un point de clivage déterminant : telle n'est pas notre position. Sur le plan national, les militants du Collectif Prométhée sont partagés (sans être pour autant divisés) entre ceux qui optent pour une priorité au travail en direction des militants intéressés par la construction d'un nouveau parti, dont l'initative de la Ligue sonne le rassemblement, et ceux qui attachent une importance particulière à la poursuite de leur engagement critique au sein du PCF, avec la carte.

 

Ce débat rejoint celui que nous avons engagé avec d'autres militants du PCF mais aussi avec des camarades engagés à l'extrème-gauche. Il est certain qu'à la fin de l'année 2008, les faits eux-mêmes auront apporté des éléments de réponse.

 

Mais rien ne nous interdit de contribuer dès aujourd'hui à faire avancer ce débat : non pas en spéculant dans l'abstrait sur « le rapport du parti (de ce parti historiquement situé) aux masses » ou autres formules plus géométriques qu'algébriques sur les rapports entre le PCF et le Prolétariat de ce pays. Francis, militant communiste révolutionnaire mais aussi poète, m'accordera sans doute que « l'amour ce n'est pas seulement se regarder l'un l'autre mais regarder ensemble dans la même direction » ? Façon métaphorique de poser cette question : que doivent faire aujourd'hui les communistes (où qu'ils soient organisés) par rapport à la brîulante question syndicale telle qu'elle se pose avec acuité aujourd'hui. Que pouvons nous faire ensemble et maintenant pour contribuer, sans se limiter à des discours orthodoxes ou gauchistes, à un véritable Réveil Syndicaliste ? C'est la question qui nous est posée à tous.

JME, le 4 02 2008.

* note :  Ce point mérite un développement beaucoup plus large mais nous ne l'avons pas non plus, pour notre part, abordé sur ce blog (nous y reviendrons donc) concernant la lutte pour la démocratie la plus extrème dans les organisations de classe mais aussi dans la société se traduisant par des exigences concrètes sur des sujets aussi variés que les élections (proportionnelle intégrale, assemblée unique, etc.), la défense nationale (droits syndicaux dans l'armée, abolition de l'armée de métier, etc.) ou les droits de citoyenneté des travailleurs de toute origine résidant en France, par exemple.

Pour un Parti des communistes de France

Francis COMBES


(et quelques remarques à propos d’un texte de Lucien Sève)

 La direction du Parti communiste a décidé de transformer le Congrès extraordinaire en assemblée des délégués de section. Le Congrès véritable devant se tenir en 2008. Sans doute les communistes ont-ils besoin de plus de temps pour réfléchir et décider de leur avenir. Dans le même temps qu’ils sont requis par l’actualité des luttes sociales pour riposter à Sarkozy, ils peuvent mettre à profit ce délai pour engager une vraie réflexion. Celle-ci s’esquisse à peine. Du côté de la direction, comme chez la plupart des militants, c’est l’incertitude qui domine. Deux attitudes opposées (mais à certains égards symétriques) se manifestent. Il y a ceux qui se prononcent pour garder le parti communiste et ceux qui proposent de l’abandonner. Soit en étant partie prenante d’une « chose » pour l’instant mal définie, une nouvelle formation politique, comportant peut-être une « composante communiste », (de Gayssot à Cohen-Séat), soit en maintenant la référence au communisme mais en tentant de dépasser la forme parti. La formulation la plus claire de cette dernière position a été exprimée par un récent texte de Lucien Sève qui circule sur internet.

Je voudrais avancer l’hypothèse que l’alternative réelle à laquelle les communistes sont confrontés n’est pas le maintien du Pcf tel qu’il est (réduit à une peau de chagrin) ou sa liquidation.

Lucien Sève pense que tout le mal vient de la forme parti, avec sa structure verticale, qui induirait une conception obligatoirement aliénante (et donc non communiste) de la politique. Il faudrait en finir avec le parti et créer plutôt un mouvement (pour lequel il suggère un nom, « Initiative communiste »). Il y a dans sa critique de la « verticalité » une part de vérité. Trop souvent en effet les directions n’ont pas été au centre, mais « au sommet’ ». Même si le travers que Lucien Sève dénonce n’est sans doute pas spécifique au parti communiste. Il est une tendance en quelque sorte naturelle de tout appareil dont l’existence elle-même finit par l’emporter sur la raison d’être. Mais à partir du constat juste que les moyens ont eu tendance à devenir fins en soi, il en vient à abandonner les moyens. Il insiste sur le fait que le communisme est le « mouvement du réel qui abolit l’état présent » et ce mouvement devient tout. But et moyen à la fois. Plus d’obstacle et plus de ces anciens moyens de les surmonter qu’étaient la révolution, le socialisme, le parti… Il y a là quelque chose qui ressemble à un retour au communisme utopique et à l’angélisme dont Marx (et Lénine, à qui Sève se réfère pourtant) avait tenté de guérir le mouvement ouvrier.

Concernant le parti, sa proposition aboutit en pratique à laisser le parti et son « appareil » à la direction. Or, pour que le mouvement prenne corps, pour que les idées deviennent force matérielle, il faut aussi des « appareils ». Nous aurions aujourd’hui grand besoin d’un parti, avec ce que cela suppose aussi de centralisation des expériences, de formation des adhérents et de moyens.

La seule façon de se prémunir contre le danger de bureaucratisation, d’institutionnalisation et de dégénérescence du parti n’est pas d’abandonner le « parti » pour le « mouvement », mais d’unir « parti » et « mouvement ».

Nous avons besoin d’un parti réellement communiste, c’est-à-dire qui permette à la classe ouvrière, au sens actuel du terme, de gagner son indépendance politique à l’égard de la bourgeoisie et de devenir le sujet conscient et actif de sa propre histoire. Pour cela il faut un parti communiste idéologiquement autonome.

Avec Strauss-Kahn au FMI, Lamy à l’OMC et Hollande d’accord avec Sarkozy pour faire passer et douce le mini-traité européen… il est clair que la direction du Ps est devenu une béquille du grand capital.

Ce n’est pas tant la soumission du Pcf au PCUS dans les années cinquante, ou le fait qu’il ne se serait pas encore assez affranchi de la « matrice » d’Octobre qui expliquent son effacement actuel … que sa soumission au Ps. Le Ps a besoin du PCF comme il a besoin du PRG, c’est à dire d’un parti réduit à une simple étiquette à seule fin de maintenir les apparences d’un rassemblement de la Gauche.

La première question est donc d’ordre stratégique. Le Pcf doit faire le choix qu’il n’a pas fait lors de la présidentielle, ce qui lui a coûté si cher. Sans renoncer aux possibilités d’union avec certains socialistes (ou avec le Ps en tant que tel sur certains sujets), il doit s’affranchir de la tutelle du Ps et faire le choix d’être du côté de la vraie gauche. Il peut et doit jouer un rôle essentiel dans la formation d’une sorte de nouveau front populaire, un front social et solidaire, une Convergence anti-capitaliste, capable de faire pièce au bipartisme que l’on est en train de nous imposer. Plutôt que la création d’un nouveau parti (avec qui ?), cela semble la voie réaliste, correspondant au respect des uns et des autres et à l’état actuel du mouvement. Nous avons d’abord besoin d’un parti qui renoue avec le mouvement de ceux qui luttent.

Dans le même temps, il faut renouer avec le mouvement dans le parti. Lors de la rencontre de Vénissieux, nous avons été plusieurs, venant de différents départements à avoir avancé une idée nouvelle : l’idée d’un Parti des communistes de France. Pourquoi « Parti des communistes de France » ? A la fois pour affirmer la filiation avec le meilleur de l’héritage du Pcf (les luttes ouvrières, la défense de la souveraineté nationale, l’anticolonialisme), mais aussi pour marquer la nécessité de dépasser le Pcf dans sa forme actuelle. Si ce parti en est où il en est, c’est aussi parce qu’il a failli, comme parti révolutionnaire, du fait de défauts rédhibitoires (électoralisme, abandon du marxisme, rupture avec le monde du travail, manque de démocratie interne) qui ont favorisé le suivisme politique, l’affaissement idéologique et l’effacement militant.

Dire Parti des communistes de France (et non pas Parti communiste français) c’est d’abord une façon d’affirmer, face à la globalisation capitaliste, la nature internationaliste du communisme. Le communisme ne peut être que s’il est projet mondial et pas seulement projet national. S’il veut être un outil d’union du prolétariat moderne, (c’est à dire de tous ceux qui ne possèdent que leur force de travail), le parti communiste doit être un parti où se retrouvent à égalité travailleurs français et immigrés (lesquels constituent environ un tiers de la classe ouvrière).

Dire « Parti des communistes de France », c’est aussi affirmer la volonté d’unir la « force communiste » dans sa diversité, en tenant compte des courants réels qui la traversent. Un tel parti doit accepter la libre confrontation des points de vue, le pluralisme aujourd’hui inévitable de ceux qui se réclament du communisme et qui, malgré leurs différences, ont bien des raisons de travailler ensemble. Il doit donc naturellement reconnaître le droit de tendances (seul antidote au conformisme stalinien ou réformiste) mais aussi prévoir sa contrepartie obligée : la recherche permanente de l’unité, de façon fraternelle, dans la discussion et dans l’action.

Cette proposition nouvelle, à soumettre à la réflexion de tous, peut ouvrir une perspective unificatrice à la fois pour ceux qui sont toujours membres du parti et aussi pour les communistes qui n’en sont pas ou plus membres mais n’ont pas pour autant renoncé à la lutte ni au communisme. Un appel dans ce sens devrait leur être lancé.

 

Francis Combes

décembre 2007

 

  • 1Ce point mérite un développement beaucoup plus large mais nous ne l'avons pas non plus, pour notre part, abordé sur ce blog (nous y reviendrons donc) concernant la lutte pour la démocratie la plus extrème dans les organisations de classe mais aussi dans la société se traduisant par des exigences concrètes sur des sujets aussi variés que les élections (proportionnelle intégrale, assemblée unique, etc.), la défense nationale (droits syndicaux dans l'armée, abolition de l'armée de métier, etc.) ou les droits de citoyenneté des travailleurs de toute origine résidant en France, par exemple.

 

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