Sur le Congrès de la Ligue Communiste Révolutionnaire
« Lutte ouvrière et Alternative libertaire ont décliné notre invitation, alors avec qui allons-nous former ce nouveau parti ? Avec des groupuscules microscopiques ! C'est irresponsable. Si nous nous ouvrions plus franchement, quitte à discuter avec des courants d'autres formations politiques venus du PCF, des collectifs unitaires, des Verts ou même du PS, nous serions capables de proposer une réelle offre politique. Au lieu de quoi, on va laisser le jeu politique aux mains d'une droite néo-conservatrice et d'une gauche d'adaptation aux mesures libérales qui n'est même pas assez crédible pour l'emporter en cas d'alternance » a déclaré Christian PIQUET du courant minoritaire de la LCR à l'hebdomadaire Marianne.
Mais les militants de la LCR n'ont pas suivi Christian Piquet et plus de la moitié de ceux qui soutenaient sa tendance au Congrès précédent ont voté cette fois pour la « majo ».
Quand on connaît la véritable culture de débat qui caractérise la Ligue et qui la différencie de la plupart des organisations d'extrème-gauche, on peut penser que cependant les délégués réunis à La Plaine Saint-Denis prendront en compte ce qui mérite réflexion dans les avertissements de la minorité. Pour notre part, militants du Collectif communiste Prométhée (76), l'un de ces « groupuscules microscopiques » -en fait un cercle de réflexion faible numériquement mais souvent apprécié pour ses contributions et analyses- nous avons répondu favorablement à l'appel à créer un Nouveau Parti Anticapitaliste.
Bien sûr, nous avons nos opinions sur le Congrès et l'après-congrès. S'ouvrir à des courants d'autres formations venus du PCF, des Verts ou « même » du PS ? Tel est justement notre cas puisque nous sommes issus de la Gauche communiste dont le porte-parole est Jean-Jacques Karman d'Aubervilliers. Dans ce courant du PCF, à la fois le plus radical et le plus démocratique dans ce qu'on appelle souvent les « durs » du PCF, soucieux de « sortir du stalinisme par la porte de gauche » et de dépasser l'anti-trotskisme vicéral de la « vieille garde », nous avons pu constater l'énorme difficulté qu'il y a pour l'instant à donner à la gauche de ce parti un autre projet que la « conservation du patrimoine » historique du Parti...et des postes d'élus...
Quant au PS, ceux parmi les tendances constituées et les personnalités, qui affirment être prêts à rompre avec leur parti néo-socio-libéral, c'est pour constituer un parti « anti-libéral » laissant délibérément et explicitement sur la touche le courant Anticapitaliste qui s'est reconnu dans la candidature d'Olivier Besancenot. Le « nouveau parti vraiment socialiste » qui en résulterait serait dans ces conditions un bon instrument électoral pour ratisser à gauche au premier tour de 2012 pour se reporter de façon « responsable » sur les libéraux Royal ou Strauss-Kahn au second tour : belle entourloupe !
Mais les arguments de Piquet ne sont pas sans intérêt, au delà de ces limites visiblement fatales du manque de partenaires sérieux et crédibles pour son projet « antilibéral ».
Anticapitalisme ou antilibéralisme : est-ce bien la question?
Si nous étions délégués au Congrès, et demain dans les discussions et combats pour le Nouveau Parti Anticapitaliste, nous pourrions avancer qu'il ne s'agit pas de se laisser enfermer dans une fausse alternative dont les deux termes seraient anticapitalisme et antilibéralisme et sélectionner les militants à qui l'on s'adresse sur de telles bases. Où existent -sinon dans les colonnes du Monde et de Marianne- ce capitalisme qui ne serait pas « libéral » ou ce libéralisme qui ne serait pas « capitaliste » ?
Anticapitaliste? Antilibéral ? C'est quoi? Ces termes en disent en fait pas assez ou en disent trop. Dans la réalité vécue par ces jeunes et ces travailleurs avec qui nous construisons, dans leur représentation des choses y compris, ces catégories n'ont pas réellement leur place et les accepter telles quelles, c'est laisser une certaine confusion idéologique s'installer.
Prenons les choses autrement. Le Nouveau Parti ne devra pas être seulement « anticapitaliste » mais bien davantage. Il lui faudra s'afficher pas seulement pour ce qu'il combat mais surtout pour ce qu'il propose : un Socialisme digne de ce nom, à ne pas confondre avec l'étatisme et l'aberration du Parti-Etat national qui a prétendu pendant toute une époque incarner le communisme.
Et face à l'énorme régression sociale, au recul démocratique, aux aberrations culturelle et humaine du Sarkozysme, l'anti-libéralisme c'est peut-être trop : le terme « opposition » est plus clair et, au fond, bien suffisant. Le Nouveau Parti ne devra négliger aucune occasion de réunir sur n'importe quel terrain (social, électoral, associatif) toutes les forces capables à chaque instant donné des événements à venir de s'opposer frontalement et sans équivoque au sarkozysme et à ses succédannés du centre ou de « gauche ».
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