Une réponse à la contribution de Francis Combes
« Pour un Parti des communistes de France »
Nous avons fait plusieurs fois référence sur Le Communiste76 et dans des commentaires sur d'autres blogs anticapitalistes à la contribution de Francis
Combes de la Gauche Communiste du PCF, intitulée « Pour un Parti des communistes de
France ».
C'est pourquoi nous avons décidé de reproduire ci-dessous le texte de Francis Combes qui comporte un cerain nombre d'éléments d'appréciation et de
propositions que nous partageons. Mais aussi qui -question de contexte ou question de fond ?- fait l'impasse sur quelques problèmes immédiats qui se posent aux communistes (qu'ils soient du PCF
ou en dehors) aujourd'hui. Nous sommes donc favorables au débat sur l'ensemble de ces points : ce qui nous rapproche et ce qui fait problème. Evitons, si nous voulons avancer -telle est notre
approche de la discussion entre camarades- ces deux impasses : celle qui consiste à mettre l'accent uniquement sur ce qui nous divise (attitude sectaire) ; celle qui s'évertue à gommer les points
d'opposition (consensualisme).
Vous avez peut-être lu, dans l'article introductif de notre blog, ces trois conditions nécessaires et suffisantes pour définir une orientation marxiste
:
a) L’indépendance de classe, nous démarquant catégoriquement sur le plan politique comme organisationnel de toutes les forces de la
bourgeoisie ou inféodées à celle-ci.
b) La lutte pour la démocratie la plus totale dans les institutions de l’Etat, celle-ci ayant pour préalable la
démocratie ouvrière dans nos propres organisations, à commencer par le Parti Pour le Socialisme dont nous sommes en train de jeter les premières bases.
c) L’internationalisme militant, les cadres nationaux étant aujourd’hui largement dépassés comme lieu de l’histoire –
c’est-à-dire de la lutte des classes. Le socialisme se fera moins que jamais (et en France pas davantage qu’ailleurs) dans les limites d’un seul pays.
(Extrait d'une contribution parue sur le blog central de Prométhée)
Vous remarquerez en (re)lisant la contribution « Pour un Parti des communistes de France » que ce sont précisément les trois points qui définissent ce
que Francis considère comme « un parti réellement communiste » (souligné par nous) :
-
l'indépendance de classe : « gagner, écrit-il, son indépendance politique à l’égard de la bourgeoisie » ce qui veut dire concrètement pour commencer indépendance par rapport au
PS qui « est devenu une béquille du grand capital ».
-
concernant la lutte pour la démocratie , Francis l'aborde clairement sous l'un de ses
aspects, celui du fonctionnement foncièrement démocratique d'un tel parti, réellement communiste. (cf * note)
-
L’internationalisme militant : « Dire Parti des
communistes de France (et non pas Parti communiste français) c’est d’abord une façon d’affirmer, face à la globalisation capitaliste, la nature internationaliste du
communisme ».
Par contre, sa contribution, en recul semble-t-il sur ce qu'il avait lui même écrit à d'autres occasions, ne prend pas en compte l'existence de forces communistes
organisées actuellement en dehors du PCF : il ne prend en compte que l'existence de militants hors parti, « sans
la carte », « les communistes, écrit-il,
qui n’en sont pas ou plus membres mais n’ont pas pour autant renoncé à la lutte ni au communisme ». C'est, pensons nous, faire l'impasse en particulier sur les militants de la LCR dont la proposition de
« construire un Nouveau Parti Anticapitaliste » -qu'on l'approuve ou non- est posée. Impasse due au contexte du Congrès requalifié en ANE ? Ou crainte d'une volonté hégémonique de la
Ligue sensée pour sa part ignorer les militants se reconnaissant dans le maintien-démocratisation-transformation du PCF?
Cette question nous paraît être un point du débat sur lequel on ne peut pas passer sans y réfléchir et en débattre. Certains considèreront que c'est un point de
clivage déterminant : telle n'est pas notre position. Sur le plan national, les militants du Collectif Prométhée sont partagés (sans être pour autant divisés) entre ceux qui optent pour une
priorité au travail en direction des militants intéressés par la construction d'un nouveau parti, dont l'initative de la Ligue sonne le rassemblement, et ceux qui attachent une importance
particulière à la poursuite de leur engagement critique au sein du PCF, avec la carte.
Ce débat rejoint celui que nous avons engagé avec d'autres militants du PCF mais aussi avec des camarades engagés à l'extrème-gauche. Il est certain qu'à la fin de
l'année 2008, les faits eux-mêmes auront apporté des éléments de réponse.
Mais rien ne nous interdit de contribuer dès aujourd'hui à faire avancer ce débat : non pas en spéculant dans l'abstrait sur « le rapport du parti (de ce parti
historiquement situé) aux masses » ou autres formules plus géométriques qu'algébriques sur les rapports entre le PCF et le Prolétariat de ce pays. Francis, militant communiste
révolutionnaire mais aussi poète, m'accordera sans doute que « l'amour ce n'est pas seulement se regarder l'un l'autre mais regarder
ensemble dans la même direction » ? Façon métaphorique de poser cette question : que doivent faire aujourd'hui les communistes (où qu'ils
soient organisés) par rapport à la brîulante question syndicale telle qu'elle se pose avec acuité aujourd'hui. Que pouvons nous faire ensemble et maintenant pour contribuer, sans se limiter à des
discours orthodoxes ou gauchistes, à un véritable Réveil Syndicaliste ? C'est la question qui nous est posée à tous.
JME, le 4 02 2008.
* note : Ce point mérite un développement beaucoup plus large mais nous ne l'avons pas non plus, pour notre part, abordé sur ce blog (nous y reviendrons donc)
concernant la lutte pour la démocratie la plus extrème dans les organisations de classe mais aussi dans la société se traduisant par des exigences concrètes sur des sujets aussi variés que les
élections (proportionnelle intégrale, assemblée unique, etc.), la défense nationale (droits syndicaux dans l'armée, abolition de l'armée de métier, etc.) ou les droits de citoyenneté des
travailleurs de toute origine résidant en France, par exemple.
Pour un Parti des communistes de France
Francis COMBES
(et quelques remarques à propos d’un texte de Lucien Sève)
La direction du Parti communiste a décidé de transformer le Congrès extraordinaire en assemblée des délégués de section. Le Congrès véritable
devant se tenir en 2008. Sans doute les communistes ont-ils besoin de plus de temps pour réfléchir et décider de leur avenir. Dans le même temps qu’ils sont requis par l’actualité des luttes
sociales pour riposter à Sarkozy, ils peuvent mettre à profit ce délai pour engager une vraie réflexion. Celle-ci s’esquisse à peine. Du côté de la direction, comme chez la plupart des militants,
c’est l’incertitude qui domine. Deux attitudes opposées (mais à certains égards symétriques) se manifestent. Il y a ceux qui se prononcent pour garder le parti communiste et ceux qui proposent de
l’abandonner. Soit en étant partie prenante d’une « chose » pour l’instant mal définie, une nouvelle formation politique, comportant peut-être une « composante communiste »,
(de Gayssot à Cohen-Séat), soit en maintenant la référence au communisme mais en tentant de dépasser la forme parti. La formulation la plus claire de cette dernière position a été exprimée par un
récent texte de Lucien Sève qui circule sur internet.
Je voudrais avancer l’hypothèse que l’alternative réelle à laquelle les communistes sont confrontés n’est pas le maintien du Pcf tel qu’il est
(réduit à une peau de chagrin) ou sa liquidation.
Lucien Sève pense que tout le mal vient de la forme parti, avec sa structure verticale, qui induirait une conception obligatoirement aliénante (et
donc non communiste) de la politique. Il faudrait en finir avec le parti et créer plutôt un mouvement (pour lequel il suggère un nom, « Initiative communiste »). Il y a dans sa critique
de la « verticalité » une part de vérité. Trop souvent en effet les directions n’ont pas été au centre, mais « au sommet’ ». Même si le travers que Lucien Sève dénonce n’est
sans doute pas spécifique au parti communiste. Il est une tendance en quelque sorte naturelle de tout appareil dont l’existence elle-même finit par l’emporter sur la raison d’être. Mais à partir
du constat juste que les moyens ont eu tendance à devenir fins en soi, il en vient à abandonner les moyens. Il insiste sur le fait que le communisme est le « mouvement du réel qui abolit
l’état présent » et ce mouvement devient tout. But et moyen à la fois. Plus d’obstacle et plus de ces anciens moyens de les surmonter qu’étaient la révolution, le socialisme, le parti… Il y
a là quelque chose qui ressemble à un retour au communisme utopique et à l’angélisme dont Marx (et Lénine, à qui Sève se réfère pourtant) avait tenté de guérir le mouvement ouvrier.
Concernant le parti, sa proposition aboutit en pratique à laisser le parti et son « appareil » à la direction. Or, pour que le mouvement
prenne corps, pour que les idées deviennent force matérielle, il faut aussi des « appareils ». Nous aurions aujourd’hui grand besoin d’un parti, avec ce que cela suppose aussi de
centralisation des expériences, de formation des adhérents et de moyens.
La seule façon de se prémunir contre le danger de bureaucratisation, d’institutionnalisation et de dégénérescence du parti n’est pas d’abandonner le
« parti » pour le « mouvement », mais d’unir « parti » et « mouvement ».
Nous avons besoin d’un parti réellement communiste, c’est-à-dire qui permette à la classe ouvrière, au sens actuel du terme, de gagner son
indépendance politique à l’égard de la bourgeoisie et de devenir le sujet conscient et actif de sa propre histoire. Pour cela il faut un parti communiste idéologiquement autonome.
Avec Strauss-Kahn au FMI, Lamy à l’OMC et Hollande d’accord avec Sarkozy pour faire passer et douce le mini-traité européen… il est clair que la
direction du Ps est devenu une béquille du grand capital.
Ce n’est pas tant la soumission du Pcf au PCUS dans les années cinquante, ou le fait qu’il ne se serait pas encore assez affranchi de la
« matrice » d’Octobre qui expliquent son effacement actuel … que sa soumission au Ps. Le Ps a besoin du PCF comme il a besoin du PRG, c’est à dire d’un parti réduit à une simple
étiquette à seule fin de maintenir les apparences d’un rassemblement de la Gauche.
La première question est donc d’ordre stratégique. Le Pcf doit faire le choix qu’il n’a pas fait lors de la présidentielle, ce qui lui a coûté si
cher. Sans renoncer aux possibilités d’union avec certains socialistes (ou avec le Ps en tant que tel sur certains sujets), il doit s’affranchir de la tutelle du Ps et faire le choix d’être du
côté de la vraie gauche. Il peut et doit jouer un rôle essentiel dans la formation d’une sorte de nouveau front populaire, un front social et solidaire, une Convergence anti-capitaliste, capable
de faire pièce au bipartisme que l’on est en train de nous imposer. Plutôt que la création d’un nouveau parti (avec qui ?), cela semble la voie réaliste, correspondant au respect des uns et
des autres et à l’état actuel du mouvement. Nous avons d’abord besoin d’un parti qui renoue avec le mouvement de ceux qui luttent.
Dans le même temps, il faut renouer avec le mouvement dans le parti. Lors de la rencontre de Vénissieux, nous avons été plusieurs, venant de
différents départements à avoir avancé une idée nouvelle : l’idée d’un Parti des communistes de France. Pourquoi « Parti des communistes de France » ? A la fois pour affirmer
la filiation avec le meilleur de l’héritage du Pcf (les luttes ouvrières, la défense de la souveraineté nationale, l’anticolonialisme), mais aussi pour marquer la nécessité de dépasser le Pcf
dans sa forme actuelle. Si ce parti en est où il en est, c’est aussi parce qu’il a failli, comme parti révolutionnaire, du fait de défauts rédhibitoires (électoralisme, abandon du marxisme,
rupture avec le monde du travail, manque de démocratie interne) qui ont favorisé le suivisme politique, l’affaissement idéologique et l’effacement militant.
Dire Parti des communistes de France (et non pas Parti communiste français) c’est d’abord une façon d’affirmer, face à la globalisation capitaliste,
la nature internationaliste du communisme. Le communisme ne peut être que s’il est projet mondial et pas seulement projet national. S’il veut être un outil d’union du prolétariat moderne, (c’est
à dire de tous ceux qui ne possèdent que leur force de travail), le parti communiste doit être un parti où se retrouvent à égalité travailleurs français et immigrés (lesquels constituent environ
un tiers de la classe ouvrière).
Dire « Parti des communistes de France », c’est aussi affirmer la volonté d’unir la « force communiste » dans sa diversité, en
tenant compte des courants réels qui la traversent. Un tel parti doit accepter la libre confrontation des points de vue, le pluralisme aujourd’hui inévitable de ceux qui se réclament du
communisme et qui, malgré leurs différences, ont bien des raisons de travailler ensemble. Il doit donc naturellement reconnaître le droit de tendances (seul antidote au conformisme stalinien ou
réformiste) mais aussi prévoir sa contrepartie obligée : la recherche permanente de l’unité, de façon fraternelle, dans la discussion et dans l’action.
Cette proposition nouvelle, à soumettre à la réflexion de tous, peut ouvrir une perspective unificatrice à la fois pour ceux qui sont toujours
membres du parti et aussi pour les communistes qui n’en sont pas ou plus membres mais n’ont pas pour autant renoncé à la lutte ni au communisme. Un appel dans ce sens devrait leur être lancé.
Francis Combes
décembre 2007
Commentaires