« (...) liés par la haine de la dialectique et du temps historique qu'ils veulent dissoudre dans la répétition indéfinie
du même.
Quand on pense que le but n'est rien et que le mouvement est tout, les temps approchent où on justifiera n'importe quoi. »
Gilles Questiaux 14 février 2008 dans un article
de Réveil Communiste
UN PARTI COMMUNISTE, OUI, MAIS POUR QUOI FAIRE ?
Dans un commentaire récent à propos de mon article « Liquidation du PCF : s'y opposer ou y contribuer ? », Gilles Questiaux désapprouve la question posée elle-même et nous convie à réfléchir plûtot à celle-ci : « Liquidation du PCF : comment s'y opposer ? ». Je dois reconnaître que ma question peut paraître excessivement provocatrice à des militants comme lui et peut même les dissuader de lire le contenu de l'article. Dont acte. Si l'intention de provoquer, oui, mais de provoquer une réflexion...débouche sur son contraire, il y a lieu de revoir la copie.
Mon propos était toutefois de constater l'impossibilité d'un compromis entre ce courant que la LCR veut rassembler pour donner naissance à un Nouveau Parti Anticapitaliste et les anti-liquidateurs qui veulent défendre l'existence du PCF, y compris contre sa propre direction. Gilles Questiaux est l'un d'entre eux, qui ne peut être a priori qu'hostile au projet porté par la Ligue puisqu'il dénonce « (l'existence) dans le groupe dirigeant du parti (de) plusieurs tendances qui ont fait le choix public de provoquer à terme la disparition du PCF et son remplacement par un parti "de gauche" ou d'extrême gauche ».
Les deux projets sont donc dans leur forme et pour l'heure éminemment contradictoires. Ils se situent en outre dans la même séquence temporelle avec cette échéance en perspective : fin 2008, date butoir fixée par le Congrès de la LCR pour l'émergence du « nouveau parti »; fin 2008, date du Congrès de renouvellement ou de liquidation du « vieux parti ».
Dans ces conditions, l'alternative dérangeante que soulevait ma question provocatrice est bien réelle. La réponse (fragile et provisoire) que je propose est de reconnaître cette contradiction pour mieux refuser de s'y enfermer.
Oui, camarade, il faut accepter le temps historique et la dialectique, il faut refuser de les dissoudre dans la répétition indéfinie du même, il faut se concentrer sur le but plus que sur le mouvement, il faut savoir ce que l'on veut et ne pas justifier n'importe quoi. Lénine disait à peu près la même chose dans ses célèbres Thèses d'Avril : « la question n'est pas de savoir à quelle vitesse il faut marcher mais où il faut aller (...) la question n'est pas de savoir si les ouvriers sont préts mais à quoi et comment il faut les préparer ».
Pendant cette séquence temporelle de 2008, les ouvriers ne sont peut-être pas prêts, mais l'affrontement entre le pouvoir sarkozyste et la masse exploitée n'attendra pas que nous ayons conclu nos débats sur la forme, l'organisation, le mouvement, le parti... Le combat se déroule chaque jour dans les entreprises en voie d'être délocalisées, dans les services publics en train d'être bradés, liquidés.. Le combat contre le Traité de Lisbonne vient de connaître un terrible dénouement parlementaire grâce aux bons offices du Parti Socialiste, lequel parti entend bien vassaliser le PCF tout en jetant celui-ci dans les bras du Modem. Ces combats n'attendent pas la cloture de nos débats.
L'affrontement de classe actuel -dans lequel notre classe traîne ce terrible handicap de ne pas être dynamisée par un parti à la fois d'avant-garde et de masse (qui peut prétendre que l'actuel PCF soit ce parti? Ou la LCR? Seul ceux qui prennent leurs désirs pour des réalités)- connaîtra des moments importants : les élections de Mars prochain, mais aussi le Congrès de la CGT en Juin où la lutte qui se déroule dans le pays aura sa traduction syndicale, sans compter les problèmes liés à l'usure précipitée du pouvoir politique qui, n'en déplaise au Parti Socialiste, risque fort de quitter la route avant les échéances de 2012 : avec quoi à proposer devant ce « vide » relatif potentiel du pouvoir?
Concentrons nous donc sur cette réalité et la pratique de la politique de classe, à chaque endroit et sur chaque sujet : la forme-parti doit subir l'épreuve des faits pour en sortir finalement validée, transformée. Un parti, oui, mais pour quoi faire, QUELS SONT NOS BUTS ?
Fin 2008 les délégués aux deux Congrès annoncés, celui du PCF, celui du Nouveau Parti Anticapitaliste seront-ils porteurs de ces combats de classe qui, entre temps, sur le terrain de la réalité, seront menés soit en parallèle, soit en convergence, soit en opposition?
Pour aborder de cette façon les problèmes difficiles qui nous sont posés, le mieux est sans doute de ne pas s'acharner à résoudre « sur le papier, dans l'absolu » la contradiction entre le projet de nouveau parti et celui de lutte contre les liquidateurs du PCF mais de reconnaître cette contradiction pour mieux refuser de s'y enfermer.
Proposition que je prolongerai par celles-ci : non seulement battons nous solidairement côte à côte, les uns et les autres, dans les élections, le mouvement syndical, et dans tout autre combat dont la nécessité s'imposera. Mais aussi mélons nous de ce qui nous regarde, même si cela se déroule dans la maison du voisin : GQ avait finalement raison de me reprendre, les partisans du projet de Nouveau Parti Anticapitaliste ne doivent pas observer de loin la lutte contre la liquidation du PCF, ils doivent y intervenir avec force en soutenant les militants porteurs de l'idéal communiste, faute de quoi ils contribueraient à leur propre liquidation en tant que révolutionnaires. Et, proposition corollaire, les militants révolutionnaires du PCF ne doivent pas regarder à distance les débats pour l'émergence d'un nouveau sujet révolutionnaire dans ce pays, ils doivent s'en emparer pour que celui-ci se situe dans la continuité historique du Congrès de Tour.
JME le 14 02 2008
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